Le sentiment de se trouver « trop grosse » touche aujourd’hui une proportion inquiétante de femmes, indépendamment de leur poids réel. Selon une étude de l’INSERM publiée en 2022, près de 73% des femmes françaises expriment une insatisfaction vis-à-vis de leur silhouette, alors que seulement 47% présentent réellement un surpoids objectif selon les critères de l’IMC. Ce décalage massif entre perception et réalité révèle une problématique complexe qui dépasse largement la simple question pondérale. Lorsque vous vous regardez dans le miroir et ressentez cette détresse face à votre reflet, il est essentiel de comprendre que votre malaise peut avoir des racines psychologiques profondes, souvent amplifiées par une société qui valorise excessivement la minceur. Cette quête obsessionnelle d’un corps idéalisé peut paradoxalement vous éloigner de votre objectif en générant un cycle destructeur de restrictions, frustrations et compulsions alimentaires.
Comprendre les mécanismes psychologiques de l’insatisfaction corporelle
Votre perception de votre corps ne fonctionne pas comme un miroir objectif de la réalité. Le cerveau humain intègre de nombreux filtres cognitifs et émotionnels qui déforment systématiquement l’image corporelle. Cette distorsion n’est pas un défaut de caractère, mais un phénomène neuropsychologique documenté qui affecte la majorité de la population féminine à différents degrés d’intensité.
Le rôle des biais cognitifs dans la perception de son image corporelle
Les biais cognitifs représentent des raccourcis mentaux que votre cerveau utilise pour traiter l’information rapidement. Dans le contexte de l’image corporelle, plusieurs biais interviennent simultanément. Le biais de confirmation vous pousse à rechercher et retenir uniquement les informations qui confirment votre croyance initiale d’être « trop grosse ». Vous remarquerez systématiquement les vêtements qui serrent, les photos peu flatteuses, tout en minimisant ou ignorant les compliments reçus. Le biais d’attention sélective focalise votre regard sur vos zones corporelles jugées problématiques, créant une surreprésentation mentale de ces parties au détriment de votre silhouette globale.
Une étude de l’Université de Londres publiée en 2021 dans le Journal of Abnormal Psychology a démontré que les femmes insatisfaites de leur corps passent en moyenne 68% de leur temps d’observation devant un miroir à scruter leurs « défauts » perçus, contre seulement 12% pour les zones qu’elles apprécient. Ce phénomène de body checking renforce neurobiologiquement les connexions cérébrales associées à la dévalorisation corporelle, créant un véritable circuit neural de l’insatisfaction.
Dysmorphophobie et trouble de l’image corporelle : différencier complexe et pathologie
La frontière entre un simple complexe et un véritable trouble psychologique mérite d’être clairement établie. La dysmorphophobie, également appelée trouble dysmorphique corporel, concerne environ 2 à 3% de la population générale selon le DSM-5, mais sa prévalence pourrait atteindre 15% chez les personnes consultant pour des problématiques de poids. Ce trouble se caractérise par une préoccupation excessive et envahissante concernant un défaut physique perçu, mineur ou imaginaire, qui consume plusieurs heures par jour et altère significativement le fonctionnement social et professionnel
Dans la dysmorphophobie, la souffrance ne se limite pas au fait de « ne pas aimer son corps ». Elle envahit votre quotidien : vous évitez les sorties, refusez d’être prise en photo, passez un temps considérable à vous scruter dans le miroir ou à camoufler votre corps sous des vêtements amples. Vous pouvez également multiplier les régimes drastiques, les consultations médicales inutiles, voire envisager des chirurgies esthétiques répétées sans jamais être satisfaite du résultat. Dans ces situations, il ne s’agit plus d’un simple complexe passager, mais d’un trouble de l’image corporelle qui nécessite un accompagnement psychologique spécialisé.
Si vous vous reconnaissez dans ces descriptions, cela ne signifie pas que vous êtes « folle » ou « superficielle ». Cela signifie que votre cerveau traite l’information liée à votre corps d’une façon biaisée et douloureuse, comme si vous portiez en permanence des lunettes déformantes. La bonne nouvelle, c’est qu’un travail thérapeutique (notamment en thérapie cognitivo-comportementale) permet de modifier progressivement ces schémas de pensée, de réduire les rituels de vérification (pesée, body checking, selfies compulsifs) et de réapprendre à voir votre corps de manière plus fidèle à la réalité.
L’impact des réseaux sociaux et du phénomène de comparaison sociale ascendante
La plupart des femmes qui disent « je me trouve trop grosse » vivent aujourd’hui dans un environnement saturé d’images filtrées, retouchées et ultra-sélectionnées. Les réseaux sociaux renforcent un phénomène bien connu en psychologie sociale : la comparaison sociale ascendante. Vous vous comparez en permanence à des personnes perçues comme « mieux que vous » (plus minces, plus musclées, plus toniques), ce qui alimente un sentiment chronique d’infériorité. Une méta-analyse publiée en 2020 dans Body Image montre que seulement 10 minutes passées sur Instagram suffisent à augmenter significativement l’insatisfaction corporelle chez les femmes.
Le problème, c’est que votre cerveau oublie qu’il compare votre corps réel, avec sa lumière, ses postures variées, ses jours de fatigue, à des images figées, filtrées, prises sous un angle précis, parfois retouchées et souvent issues de personnes dont c’est littéralement le métier de se montrer. C’est comme si vous compariez votre salon un lundi matin avec une photo d’un magazine de décoration : le jeu est biaisé dès le départ. Pour commencer à reprendre le pouvoir, il peut être utile de faire un « ménage digital » en désabonnant les comptes qui déclenchent chez vous jalousie, honte ou auto-critique, et en suivant davantage de profils qui prônent une image corporelle diversifiée, réaliste et bienveillante.
Le cercle vicieux entre dévalorisation et comportements alimentaires compensatoires
Se sentir « trop grosse » ne reste jamais à l’état de simple pensée neutre. Cette dévalorisation active souvent un cercle vicieux entre émotions douloureuses et comportements alimentaires compensatoires. Vous vous jugez sévèrement devant le miroir, ce qui déclenche tristesse, anxiété, honte. Pour apaiser ce malaise, vous vous tournez vers la nourriture comme source de réconfort rapide. Sur le moment, manger vous apaise, mais la culpabilité revient aussitôt, renforçant l’idée que vous manquez de volonté, que vous ne valez rien et que vous êtes « irrécupérable ».
Ce schéma est très fréquent dans les troubles du comportement alimentaire, en particulier l’hyperphagie et la boulimie non vomitive. Il ne s’agit pas d’un manque de discipline, mais d’un mécanisme de régulation émotionnelle mal adapté. Tant que vous cherchez uniquement à contrôler ce que vous mangez sans travailler sur ce que vous ressentez, le cycle se répète. Pour en sortir, il est essentiel d’apprendre à identifier les émotions qui précèdent vos prises alimentaires compulsives (ennui, solitude, stress, colère), et de développer d’autres moyens de les apaiser : respiration, écriture, appel à une amie, marche rapide, douche chaude… Plus vous aurez de « stratégies alternatives » au grignotage, plus il sera facile de mincir sans alimenter ce cercle auto-destructeur.
Établir un diagnostic nutritionnel personnalisé avant tout régime
Avant de chercher comment maigrir, il est fondamental de comprendre où vous en êtes réellement sur le plan métabolique et nutritionnel. Trop de femmes se lancent dans des régimes drastiques sans aucun diagnostic préalable, en se basant sur des calculs approximatifs ou sur le simple chiffre affiché par la balance. Or deux personnes qui se trouvent « trop grosses » peuvent avoir des besoins et un métabolisme totalement différents. C’est un peu comme vouloir réparer une voiture en changeant au hasard des pièces sans avoir fait le moindre diagnostic chez le garagiste : vous risquez d’abîmer davantage le moteur.
Calcul du métabolisme de base et des besoins caloriques réels selon la formule de Harris-Benedict
Le premier élément pour définir un objectif de perte de poids réaliste consiste à estimer votre métabolisme de base (MB), c’est-à-dire la quantité d’énergie que votre corps consomme au repos pour assurer ses fonctions vitales (respiration, température, activité cardiaque…). La formule de Harris-Benedict, largement utilisée en nutrition clinique, permet de calculer ce MB en fonction de votre sexe, de votre âge, de votre taille et de votre poids. On obtient ensuite votre dépense énergétique totale (DET) en multipliant ce MB par un coefficient lié à votre niveau d’activité physique.
Pourquoi est-ce si important ? Parce que si vous réduisez vos apports caloriques bien en dessous de cette dépense totale, vous forcez votre organisme à se mettre en « mode survie ». Il diminue alors son métabolisme, stocke davantage de graisses au moindre excès et vous expose à l’effet yo-yo. À l’inverse, en connaissant votre métabolisme réel, vous pouvez mettre en place un déficit calorique modéré (généralement 300 à 500 kcal par jour) compatible avec une perte de poids durable, sans épuisement ni obsession alimentaire. Un·e diététicien·ne ou nutritionniste peut vous aider à calculer et ajuster ces chiffres de manière précise.
Analyse de la composition corporelle : différencier masse grasse et masse maigre par impédancemétrie
Se fier uniquement au poids ou à l’IMC pour savoir si l’on est « trop grosse » est très réducteur. Deux femmes peuvent faire le même poids, la même taille, mais avoir une silhouette complètement différente selon la proportion de masse grasse (graisse) et de masse maigre (muscles, os, eau). C’est là qu’intervient l’analyse de la composition corporelle, réalisée le plus souvent par impédancemétrie. Cette technique mesure la résistance de votre corps au passage d’un courant électrique très faible pour estimer la répartition de vos tissus.
Concrètement, cette analyse permet de savoir si votre objectif doit être principalement de réduire la masse grasse, d’augmenter la masse musculaire, ou les deux. Vous pouvez par exemple ne perdre que 2 ou 3 kilos sur la balance, mais réduire significativement votre tour de taille et votre taux de masse grasse, ce qui améliore beaucoup votre santé métabolique. À l’inverse, certains régimes trop restrictifs font baisser rapidement le poids total, mais au prix d’une fonte musculaire importante : vous perdez des « kilos » mais pas forcément où il faudrait. Comprendre votre composition corporelle vous permet donc de sortir de l’obsession du chiffre et de viser une transformation plus qualitative de votre silhouette.
Identification des carences nutritionnelles par bilan sanguin complet
Un autre volet souvent négligé avant d’entamer un régime est la recherche de carences nutritionnelles. Un bilan sanguin complet peut mettre en évidence des déficits en fer, vitamine D, vitamines du groupe B, zinc, magnésium, oméga‑3… Or ces micronutriments jouent un rôle clé dans la régulation de l’énergie, de l’humeur, de la satiété et du métabolisme. Par exemple, une carence en fer ou en vitamine D peut favoriser la fatigue, la baisse de motivation et la tendance au grignotage sucré pour « tenir » la journée.
En corrigeant ces carences avant ou parallèlement à votre démarche de perte de poids, vous optimisez vos chances de succès : moins de fringales, plus d’énergie pour bouger, un moral plus stable, donc moins de recours à l’alimentation émotionnelle. C’est aussi un moyen de sécuriser votre démarche pour ne pas fragiliser davantage votre organisme avec un nouveau « régime miracle ». Discutez avec votre médecin traitant des analyses pertinentes pour vous : sérologie thyroïdienne, bilan lipidique, glycémie, insuline, vitamines, fer… afin de disposer d’une base objective sur laquelle construire votre programme.
Évaluation du comportement alimentaire avec le questionnaire TFEQ
Au-delà des chiffres biologiques, il est tout aussi essentiel de comprendre votre comportement alimentaire. Le questionnaire TFEQ (Three-Factor Eating Questionnaire) est un outil scientifique utilisé pour évaluer trois dimensions clés : la restriction cognitive (tendance à contrôler mentalement l’alimentation), la désinhibition alimentaire (propension à perdre le contrôle face à certains aliments ou situations) et l’alimentation émotionnelle (fait de manger en réponse aux émotions plutôt qu’à la faim). De nombreuses études ont montré que des scores élevés de restriction et de désinhibition sont associés à un risque accru d’hyperphagie et d’effet yo-yo.
Passer ce type de questionnaire avec un·e professionnel·le spécialisé·e permet de cibler votre stratégie de perte de poids. Si votre restriction cognitive est très élevée, il sera contre-productif de vous recommander un régime strict supplémentaire : cela ne ferait qu’augmenter votre frustration et vos compulsions. À l’inverse, si votre alimentation émotionnelle domine, le travail portera davantage sur la gestion des émotions, la mise en place de rituels apaisants et la restructuration de vos croyances autour de la nourriture. Là encore, l’objectif est de sortir du schéma « je me trouve trop grosse donc je fais un régime », pour entrer dans une démarche globale, personnalisée et respectueuse de votre fonctionnement.
Mettre en place une stratégie nutritionnelle durable et non restrictive
Une fois ce diagnostic posé, vous pouvez enfin bâtir une stratégie nutritionnelle adaptée à votre profil, qui vous aide à mincir tout en reconstruisant une relation saine avec la nourriture. L’enjeu n’est pas seulement de perdre des kilos, mais de ne plus passer vos journées à compter les calories, à culpabiliser et à osciller entre contrôle excessif et craquages. Il s’agit de trouver une alimentation qui s’intègre à votre vie réelle, à vos contraintes professionnelles, familiales, sociales, tout en respectant vos goûts et votre culture alimentaire.
Le rééquilibrage alimentaire selon les principes de la chrononutrition du dr delabos
La chrononutrition, développée notamment par le Dr Delabos, propose de structurer vos apports alimentaires en fonction des rythmes biologiques de votre organisme. L’idée est d’apporter le matin les nutriments dont le corps a besoin pour la journée (lipides et protéines en priorité), de garder un déjeuner consistant, de miser sur un goûter pour calmer les fringales et d’alléger le dîner. Cette approche ne convient pas à tout le monde, mais elle a l’avantage de vous faire réfléchir à quand vous mangez tel ou tel type d’aliment plutôt que de diaboliser certains produits en bloc.
Par exemple, beaucoup de femmes qui se trouvent « trop grosses » ont tendance à se priver le matin et à manger très léger le midi, puis à craquer en fin de journée ou le soir. En réintroduisant un vrai petit-déjeuner riche en protéines et en bonnes graisses (œufs, fromage, pain complet, oléagineux…), vous stabilisez votre glycémie et réduisez considérablement les envies sucrées de l’après-midi. Ce type de rééquilibrage, inspiré de la chrononutrition, peut être un bon point de départ pour mincir sans restriction extrême, en respectant davantage la physiologie de votre corps.
L’alimentation intuitive et la méthode de pleine conscience alimentaire
À l’opposé des régimes basés sur des règles externes rigides, l’alimentation intuitive vous invite à revenir aux signaux internes de votre corps : la faim, la satiété, le plaisir, le dégoût. Des études récentes montrent que les femmes qui adoptent cette approche ont une plus grande satisfaction corporelle et un risque réduit de troubles alimentaires, même si la perte de poids peut être plus progressive. La pleine conscience alimentaire consiste, elle, à prêter attention à chaque bouchée : odeur, texture, goût, sensations de faim et de rassasiement, émotions associées au repas.
Concrètement, cela peut commencer par de petits exercices : manger un repas par jour sans écran, poser vos couverts entre chaque bouchée, noter sur une échelle de 0 à 10 votre niveau de faim avant et après le repas. Au fil du temps, vous apprenez à faire davantage confiance à votre corps qu’à des applications de comptage de calories. Cela peut sembler déstabilisant au début, surtout si vous êtes habituée à contrôler chaque gramme ingéré, mais c’est une étape clé pour vous libérer de l’obsession de la nourriture et du poids.
Optimisation de la densité nutritionnelle versus restriction calorique sévère
Pour mincir sans tomber dans les régimes yo-yo, il est plus efficace de travailler sur la densité nutritionnelle de vos repas que de réduire drastiquement vos apports caloriques. La densité nutritionnelle désigne la quantité de vitamines, minéraux, fibres, antioxydants que vous obtenez pour un nombre donné de calories. En choisissant des aliments peu transformés, riches en nutriments et satisfaisants (légumes variés, fruits entiers, protéines de qualité, céréales complètes, légumineuses, bonnes graisses), vous nourrissez réellement vos cellules et réduisez mécaniquement les fringales.
À l’inverse, une restriction calorique sévère basée sur des produits ultra-light, des substituts de repas ou des aliments très transformés conduit souvent à une faim persistante et à une frustration élevée. Votre corps, sentant la pénurie, ralentit son métabolisme et augmente votre intérêt pour la nourriture, un peu comme si un thermostat interne montait la température pour compenser. En visant une assiette « pleine de nutriments » plutôt qu’une assiette « vide de calories », vous créez les conditions d’une perte de poids plus lente mais beaucoup plus stable et compatible avec une bonne santé.
Gestion de l’index glycémique et charge glycémique pour stabiliser l’insulinémie
Un autre levier clé pour se sentir moins « gonflée » et réduire progressivement sa masse grasse est la gestion de l’index glycémique (IG) et de la charge glycémique des repas. Les aliments à IG élevé (pain blanc, pâtisseries, bonbons, sodas, céréales raffinées) provoquent des pics rapides de sucre dans le sang, suivis de chutes brutales. Cette montagne russe glycémique stimule fortement l’insuline, hormone de stockage, et favorise les fringales sucrées quelques heures plus tard. À long terme, cela entretient la prise de poids, en particulier au niveau abdominal.
En privilégiant des aliments à IG bas ou modéré (légumineuses, céréales complètes, fruits entiers plutôt que jus, légumes, oléagineux) et en associant systématiquement glucides, protéines et lipides de qualité dans vos repas, vous stabilisez votre glycémie et votre insulinémie. Résultat : moins de coups de pompe, moins d’envies compulsives, une énergie plus constante et une meilleure capacité à écouter vos signaux de faim et de satiété. Cette approche est particulièrement intéressante si vous vous sentez souvent « gonflée », avec un ventre ballonné ou des fringales régulières en fin de journée.
Intégrer une activité physique adaptée à son profil métabolique
L’activité physique ne doit pas être utilisée comme une punition pour « brûler » ce que vous avez mangé, mais comme un outil puissant pour améliorer votre métabolisme, votre humeur et votre perception corporelle. De nombreuses femmes qui se trouvent « trop grosses » associent le sport à la souffrance ou à l’échec (souvenirs de cours d’EPS, regard des autres en salle de sport, essoufflement rapide). Pourtant, bien choisie et bien dosée, l’activité physique devient un allié précieux pour vous réconcilier avec votre corps : vous cessez de le voir uniquement comme un « volume » et commencez à l’apprécier pour ce qu’il vous permet de faire.
HIIT versus cardio modéré : choisir selon son niveau et objectifs
On entend beaucoup parler du HIIT (High Intensity Interval Training), ces séances courtes et très intenses alternant efforts explosifs et récupérations brèves. Des études montrent que le HIIT peut être très efficace pour améliorer la capacité cardiovasculaire et favoriser la perte de masse grasse en peu de temps. Cependant, ce format n’est pas adapté à tout le monde, en particulier si vous débutez, si vous avez un surpoids important, des douleurs articulaires ou une condition cardiaque fragile. Se lancer directement dans du HIIT parce que « ça fait maigrir plus vite » peut conduire à des blessures, à un dégoût du sport ou à un épuisement prématuré.
Pour beaucoup de femmes, un cardio modéré (marche rapide, vélo, natation, danse, cours collectifs doux) réalisé 3 à 5 fois par semaine représente une base plus réaliste et durable. L’objectif est d’augmenter progressivement la durée et la fréquence plutôt que de viser la performance immédiate. Ensuite, si votre condition physique s’améliore et que vous en avez envie, vous pourrez introduire quelques séances de HIIT adaptés. Ce qui compte, ce n’est pas de suivre la dernière tendance sportive, mais de trouver une forme de mouvement qui vous fasse du bien et que vous pouvez maintenir dans la durée.
Renforcement musculaire et préservation de la masse maigre pendant la perte de poids
Lorsque l’on veut mincir, on a souvent tendance à se concentrer uniquement sur le cardio. Pourtant, le renforcement musculaire est un pilier essentiel pour préserver votre masse maigre et éviter que la perte de poids ne se fasse au détriment de votre tonicité. Les muscles sont des tissus métaboliquement actifs : plus vous en avez, plus votre métabolisme de base est élevé, même au repos. C’est un peu comme augmenter la taille de votre « poêle à bois » interne : votre corps brûle plus d’énergie en continu.
Intégrer 2 à 3 séances de renforcement musculaire par semaine (avec le poids du corps, des bandes élastiques, des haltères légers ou des machines guidées) permet de sculpter votre silhouette, d’améliorer votre posture et de réduire les douleurs articulaires. Contrairement à une croyance tenace, vous ne deviendrez pas « trop musclée » ou « masculine » par accident : la prise de masse musculaire importante chez la femme nécessite des charges lourdes, un entraînement très spécifique et souvent des années de pratique. En revanche, vous gagnerez en fermeté, en puissance fonctionnelle et en confiance en votre corps.
L’effet EPOC et l’optimisation du métabolisme post-exercice
Un concept intéressant pour comprendre l’impact du sport sur la perte de poids est l’effet EPOC (Excess Post-exercise Oxygen Consumption), c’est-à-dire la surconsommation d’oxygène qui persiste après l’effort. Après une séance d’entraînement suffisamment intense (cardio ou renforcement), votre organisme continue de brûler davantage de calories pendant plusieurs heures pour rétablir ses réserves énergétiques, réparer les fibres musculaires et éliminer les déchets métaboliques. C’est un peu comme si vous laissiez un moteur tourner encore un moment après avoir coupé le contact.
Cela ne signifie pas qu’il faut vous épuiser à chaque séance, mais que combiner des efforts modérés et quelques phases plus intenses permet d’optimiser votre métabolisme global. Par exemple, une marche rapide de 30 minutes entrecoupée de 5 courts segments de marche très dynamique, ou une séance de renforcement en circuit avec de courtes pauses, peuvent déjà stimuler cet effet EPOC sans vous mettre sur les rotules. En apprenant à jouer sur l’intensité, la durée et la régularité de vos séances, vous créez un environnement métabolique plus favorable à la perte de masse grasse.
Reconstruire son estime de soi par des approches psychocorporelles
Mincir ne suffit pas toujours à se sentir mieux dans son corps. Comme on l’a vu avec les témoignages de femmes ayant perdu beaucoup de poids, l’image que vous avez de vous-même et la relation que vous entretenez avec votre corps mettent souvent plus de temps à évoluer que le chiffre sur la balance. C’est pourquoi il est essentiel d’agir aussi sur le plan psychologique et émotionnel. Les approches psychocorporelles visent précisément ce lien entre le mental et le corps : elles vous aident à habiter votre silhouette autrement, à apaiser le regard intérieur que vous posez sur vous, et à construire une confiance qui ne dépend pas uniquement de votre tour de taille.
La thérapie cognitivo-comportementale appliquée aux troubles alimentaires
La thérapie cognitivo-comportementale (TCC) est l’une des approches les plus étudiées et les plus efficaces pour traiter l’insatisfaction corporelle et les troubles du comportement alimentaire. Concrètement, elle vous aide à identifier les pensées automatiques négatives (« je suis énorme », « personne ne peut m’aimer comme ça », « si je mange ce dessert, je suis nulle ») et à les remettre en question de manière structurée. Vous apprenez à repérer les distorsions cognitives (pensée tout ou rien, généralisation excessive, catastrophisme) qui alimentent votre mal-être et vos comportements alimentaires extrêmes.
La TCC inclut également des exercices comportementaux : planification de repas réguliers pour réduire les compulsions, exposition graduelle à des aliments « interdits » pour diminuer leur pouvoir anxiogène, entraînement aux compétences sociales pour oser s’affirmer, etc. L’objectif n’est pas de vous convaincre artificiellement que vous êtes « parfaite », mais de développer un regard plus nuancé, plus juste et plus bienveillant sur vous-même. De nombreuses femmes rapportent qu’en travaillant sur leurs pensées et leurs comportements, la phrase « je me trouve trop grosse » perd peu à peu de sa charge émotionnelle et devient moins fréquente.
Pratique de l’auto-compassion selon le protocole de kristin neff
L’auto-compassion, conceptualisée et étudiée par la psychologue Kristin Neff, est une autre approche puissante pour reconstruire l’estime de soi. Elle repose sur trois piliers : la bienveillance envers soi (se parler comme à une amie plutôt que comme à une ennemie), le sentiment d’humanité partagée (se rappeler que l’imperfection et la souffrance font partie de la condition humaine) et la pleine conscience (reconnaître ses émotions sans les dramatiser ni les refouler). Appliquée au rapport au corps, l’auto-compassion consiste à reconnaître la douleur que vous ressentez lorsque vous vous dites « je me trouve trop grosse », sans vous juger pour autant d’avoir cette pensée.
Des exercices simples peuvent vous y aider : écrire une lettre à votre corps comme si vous parliez à une amie en souffrance, poser la main sur une zone de votre corps que vous détestez et lui envoyer mentalement des mots de douceur, remplacer progressivement les insultes intérieures (« je suis dégueu ») par des phrases plus nuancées (« je souffre de mon image, mais je fais de mon mieux pour en prendre soin »). Les recherches montrent que l’auto-compassion est associée à moins de comportements alimentaires compulsifs, moins de régimes yo-yo et une meilleure satisfaction corporelle, indépendamment du poids réel.
Techniques de désensibilisation face au regard social et affirmation de soi
Une grande partie de votre mal-être peut venir de la peur du regard des autres : peur d’être jugée au travail, à la plage, en salle de sport, en soirée… Cette hyper-sensibilité sociale vous pousse souvent à adopter des stratégies d’évitement (ne pas sortir, s’habiller en noir, toujours se placer au fond des photos), qui renforcent encore votre isolement et votre focalisation sur le poids. Les techniques de désensibilisation progressive, inspirées des TCC, consistent à vous exposer peu à peu à ces situations redoutées, en commençant par les moins anxiogènes.
Par exemple, vous pouvez décider de porter un vêtement légèrement plus près du corps que d’habitude pour aller faire vos courses, puis d’aller à la piscine à une heure creuse, puis de participer à une activité de groupe en tenue de sport. À chaque étape, l’idée est d’observer vos pensées (« tout le monde me regarde », « ils se moquent de moi ») et de les confronter à la réalité : combien de personnes vous ont réellement fait une remarque ? Combien semblaient simplement occupées par leur propre vie ? En parallèle, un travail sur l’affirmation de soi (apprendre à dire non, à exprimer vos besoins, à poser des limites) vous aide à construire une confiance qui ne repose pas uniquement sur votre apparence, mais aussi sur votre capacité à vous respecter et à vous faire respecter.
Accompagnement professionnel et suivi multidisciplinaire
Se libérer durablement de la pensée « je me trouve trop grosse » et mincir de façon saine n’est pas toujours possible seule. Compte tenu de la complexité des mécanismes en jeu (psychologiques, hormonaux, sociaux, nutritionnels), l’accompagnement par une équipe pluridisciplinaire peut faire une différence majeure. Selon votre situation, vous pouvez avoir intérêt à consulter un·e médecin nutritionniste, un·e diététicien·ne, un·e psychologue ou psychothérapeute spécialisé·e dans les troubles de l’image corporelle et de l’alimentation, voire un·e coach sportif formé·e à l’accueil des personnes en surpoids.
Ce suivi global permet d’éviter les approches contradictoires (par exemple un régime très restrictif proposé d’un côté et un travail de lâcher-prise alimentaire de l’autre), et de coordonner les objectifs : amélioration de la santé métabolique, réduction progressive de la masse grasse, restauration d’un cycle menstruel normal, diminution des compulsions, augmentation de l’estime de soi… L’idée n’est pas de vous médicaliser à outrance, mais au contraire de vous donner les outils, les connaissances et le soutien dont vous avez besoin pour redevenir actrice de votre corps et de votre santé.
Enfin, n’oubliez pas que demander de l’aide n’est pas un aveu de faiblesse, mais un signe de maturité et de courage. Reconnaître que les régimes successifs n’ont pas résolu votre souffrance, que vous avez besoin d’un regard extérieur pour comprendre ce qui se joue, c’est déjà un premier pas vers le changement. À partir de là, chaque ajustement alimentaire, chaque pas de marche, chaque pensée un peu plus douce envers votre corps devient une brique de plus pour construire une confiance solide, qui tient debout même quand l’aiguille de la balance bouge.
